LÉOPOLD ll ENTRE GÉNOCIDAIRE ET BIENFAITEUR

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Devant l’avalanche d’exagérations et de mensonges concernant le rôle de Léopold ll agissant comme souverain de l’Etat Indépendant du Congo, j’ai désiré émettre mon opinion, qui ne me fera sans doute pas que des amis.

Car n’étant pas historien, il ne s’agit ici que de la vision d’un citoyen, basée sur des lectures pêchées à droite et à gauche. En tout état de cause, il faut constater que bien souvent, beaucoup d’historiens écrivent une Histoire la plus conforme possible à leurs propres opinions et croyances. Donc, je ne fais aucun complexe à ce sujet.

Ensuite, je précise que ni moi ni mes parents n’ont jamais mis les pieds au Congo. Les seuls souvenirs (très « Tintin au Congo ») que j’ai de cette époque datent de l’école primaire.

Etant moi-même issu de grands-pères immigrés, je me sens néanmoins viscéralement et exclusivement Belge, atterré devant l’acharnement mis par certains à détruire politiquement, culturellement et historiquement un pays où quoi qu’on dise, il faisait bon vivre même si, évidemment, tout n’était pas idyllique et parfait.

Mais revenons au Congo.

Léopold ll monte sur le trône de Belgique en décembre 1865. Avant son intronisation, il effectue de nombreux voyages notamment en Inde et en Chine, et plusieurs séjours en Egypte. Cela le conforte alors dans son opinion qu’à l’instar d’autres puissances européennes, « il faut une colonie à la Belgique ».

En 1876, il contacte l’explorateur Stanley pour parcourir l’Afrique centrale, alors inexplorée, afin d’y acquérir des droits sur les territoires parcourus. Celui-ci aurait préféré agir pour le compte de la Grande-Bretagne ou des USA, mais devant le manque d’intérêt de ceux-ci, accepte en 1878 la mission de Léopold ll.

L’action de Stanley est sujette à controverse. Hoschild, dans son livre « Les fantômes du Roi Léopold » le décrit comme un assassin, prenant pour cible les habitants indigènes et brûlant leurs villages, tandis que l’historien Van Reybrouck montre un homme qui « avait noué des liens d’amitié avec de nombreux Africains et était sincèrement soucieux du bien-être des enfants qu’il avait soustraits à l’esclavage, et ceux-ci gardèrent de lui un souvenir chaleureux ».

La conférence de Berlin de 1884-1885, qui acte le partage de l’Afrique entre les puissances européennes, reconnait la souveraineté de Léopold ll sur l’Etat Indépendant du Congo, qui devient ainsi sa propriété personnelle. Cette conférence acte également l’interdiction de l’esclavage et de la traite négrière sur l’ensemble de l’Afrique.

Notons que Léopold ll n’a jamais mis les pieds au Congo, et que ses actions en tant que Roi de l’Etat Indépendant du Congo sont totalement séparées de celles de Roi des Belges.

En 1891, Léopold ll reprend le contrôle du Katanga, alors convoité par la Grande-Bretagne. Celle-ci entamera ensuite une campagne visant à récupérer ce territoire, (et ce notamment en 1912 ou en 1937 lors de négociations de paix secrètes avec l’Allemagne). Cette cabale a bien fonctionné, et fonctionne d’ailleurs encore très bien aujourd’hui…

De 1892 à janvier 1894, a lieu la campagne menée par la Force Publique de l’Etat Indépendant du Congo contre les esclavagistes arabes et les états dirigés par les sultans bantous musulmans. Au total, environ 100.000 arabo-swahilis furent opposés à 3.500 soldats indigènes réguliers commandés par 120 Européens, sans compter les supplétifs. Notons que les corps du sergent De Bruyne et du lieutenant Lippens, tués lors de ces combats, furent retrouvés les mains et les pieds coupés, « suivant la coutume locale ».

A partir des années 1894-1895, des témoignages affirmant des excès contre la population indigène, travail forcé, mutilations, malnutrition, entraînent un mouvement international dirigé par la Grande-Bretagne et les USA. Cette campagne est relayée en Belgique par des leaders socialistes opposés au principe même du colonialisme.

Il en résulte la mise sur pied d’une « Commission d’enquête sur les exactions commises dans l’Etat Indépendant du Congo ». Celle-ci confirme la surexploitation des populations locales par des agents européens (d’une dizaine de nationalités) insuffisamment encadrés, qui ont conduit à des abus.

Le phénomène des « mains coupées » est une réalité, dont l’origine est diversifiée, selon les sources. Depuis la justification des cartouches tirées par les militaires indigènes engagés dans les combats contre les esclavagistes arabes et leurs alliés swahilis, la punition infligée par ces mêmes esclavagistes aux habitants des villages ayant tenté de se soustraire aux razzias, ou encore les punitions infligées par les commis de certains administrateurs européens soumis à des exigences de rendement.

Hoschild cite également le chiffre extravagant de 10 millions de morts (15 millions pour d’autres) imputés à la gestion de Léopold ll. Il s’agit d’un chiffre n’ayant aucun fondement scientifique et fortement contesté, notamment par l’historien Jean Stengers. S’il y eut incontestablement des dizaines de milliers de morts à imputer à une sur-exploitation de la main-d’œuvre forcée, il y eut également un nombre considérable de victimes dues aux épidémies locales ou aux maladies importées, ou à une famine résultant de la sécheresse entre 1875 et 1878, qui fit un total (estimé) de 50 millions de morts sur trois continents dont l’Afrique. Une autre famine régna au Congo de 1885 à 1899 qui y fit environ 3 millions de morts. Evidemment, une partie des conséquences de cette famine est peut-être un dommage collatéral dû à la déportation volontaire ou forcée des hommes, jusqu’alors consacrés dans leurs villages à la chasse ou à l’agriculture.

Sous son règne, le Congo a entamé son développement. Des villes se bâtissent, une infrastructure routière, ferroviaire et fluviale commence à se développer. La paix s’est installée, avec la répression du cannibalisme et des sacrifices humains (conclusions de la commission d’enquête). Un développement bien entendu lié à l’exploitation commerciale du pays.

Il est évident que jamais, Léopold ll ne donna d’instructions destinées à attenter à la vie des populations congolaises, ou de couper les mains de ses habitants. Il semble qu’il tenta de rectifier les excès quand il en eu connaissance.

Sous la pression internationale, l’Etat Indépendant du Congo est cédé par Léopold ll à la Belgique en 1908, annexion votée par le Parlement (à contre-cœur dit-on) et prend le nom de Congo Belge.

Jusqu’à cette date, l’Etat belge n’est en aucune manière impliqué dans la gestion de l’Etat Indépendant du Congo.

QUELS SONT LES BÉNÉFICES RETIRÉS PAR LEOPOLD ll DU CONGO.

A fin 1885, le Roi aura dépensé 11,5 millions de francs de sa fortune personnelle au Congo, et il doit souscrire un prêt personnel auprès de la banque Rothschild, où il présente un compte débiteur de plus de 2 millions de francs, du baron Lambert et d’autres. Mais le Congo se révèle un gouffre financier et la Belgique consent à celui qui est aussi son roi, en 1890 un prêt de 25 millions de francs échelonné sur 10 ans. Survient alors un miracle : l’apparition des premières automobiles, et l’exploitation du caoutchouc nécessaire aux pneus explose. Sur la seule année 1900, Les exportations de ce produit rapportent plus de 18 millions de francs.

A sa mort en décembre 1909, le Roi est considéré par certains comme l’un des hommes les plus riches du monde. Sans héritier mâle, il avait déshérité ses filles afin d’éviter que sa fortune revienne à leurs époux qui étaient princes étrangers, et fit don de tous ses biens pour la plupart immobiliers à l’Etat belge, qui accepta à condition que ces biens génèrent des revenus suffisant à leur entretien.

Evidemment, toute son action est à replacer dans la vision du monde à son époque, et à comparer aux conditions sociales du monde du travail existant alors en Belgique.

Jo Moreau

 

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